Invité de l’émission matinale Salam Sénégal, Mouhamadou Lamine Badji, secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Sonatel, a lancé une vive alerte contre l’attitude du partenaire stratégique Orange, accusé de s’accaparer progressivement le contrôle de l’opérateur historique sénégalais. Face à cette situation qu’il juge préoccupante, il appelle l’État du Sénégal à assumer pleinement ses responsabilités pour préserver la souveraineté nationale sur un secteur jugé stratégique.

« Orange agit comme le propriétaire unique de Sonatel alors qu’il ne détient que 42 % du capital », dénonce le syndicaliste, qui accuse le groupe français d’avoir placé Sonatel sous la tutelle d’OMEYA, une filiale basée à Casablanca. Une démarche qualifiée d’illégale par M. Badji, qui y voit une remise en cause des principes fondamentaux de gouvernance et un contournement du rôle de l’État, pourtant actionnaire à hauteur de 27 % (auparavant 33 %).
Une histoire de tensions prolongées
Le malaise entre les syndicats et Orange ne date pas d’hier. Dès 1997, lors de la privatisation partielle de Sonatel, les syndicats avaient manifesté leurs inquiétudes face à une possible perte de contrôle de l’État sur cette entreprise vitale. L’ouverture du capital à Orange devait permettre une expansion régionale, notamment au Mali et en Guinée, dans le cadre d’un partenariat stratégique équilibré.
Mais selon M. Badji, la réalité actuelle est bien différente. Il affirme qu’Orange cherche désormais à freiner les ambitions de croissance externe de Sonatel, citant notamment un projet d’implantation sur le marché nigérian. Il soupçonne également une volonté d’accaparement d’actifs clés, comme Orange Money SA et Orange Finance Mobile (OFM), que la maison-mère chercherait à fusionner sous son autorité exclusive.
Un appel à la vigilance de l’État
Le syndicaliste, qui salue l’écoute du Premier ministre Ousmane Sonko lors d’une récente audience, en appelle à une réaction ferme et patriotique du gouvernement. « Orange transgresse les règles de gouvernance avec la complicité silencieuse de l’État, qui siège pourtant au Conseil d’administration », fustige-t-il.
Il exhorte les autorités à réviser la gouvernance actuelle, à rétablir l’équilibre entre les actionnaires, et à cohérencer le discours sur la souveraineté économique avec des actes concrets.
Une stratégie de division dénoncée
Enfin, M. Badji met en garde contre ce qu’il considère comme une stratégie de division interne menée par Orange : « Ils savent qu’ils ne peuvent pas nous contrôler directement, alors ils tentent de nous affaiblir de l’intérieur. » Cette politique mettrait en péril l’unité du groupe Sonatel, dont le rayonnement en Afrique de l’Ouest est aujourd’hui incontestable.
Dans un contexte où la question de la souveraineté économique revient au cœur du débat national, cette sortie du syndicat de la Sonatel relance les interrogations sur le rôle de l’État dans la protection des secteurs clés, à l’heure des grands chantiers pour une indépendance stratégique du Sénégal.




