Né vers 1853 à Mbacké, Cheikh Ahmadou Bamba est le fondateur de la confrérie mouride, l’une des plus influentes au Sénégal. Issu d’une famille de savants soufis, il a été initié à la voie qadiriyya par son père. Sa formation religieuse s’est enrichie de poèmes, de traités sur la méditation, les rituels, le travail et l’étude coranique. Il a prôné un jihad spirituel (jihad al-nafs), axé sur la lutte contre les instincts négatifs, mettant l’accent sur le travail manuel comme forme d’adoration.

Sous la colonisation française, Bamba a résisté pacifiquement, refusant de mener une guerre ouverte tout en affirmant son autonomie spirituelle et culturelle. Exilé à plusieurs reprises, notamment au Gabon en 1895, il a transformé l’adversité en opportunité pour renforcer la foi et l’unité de ses disciples
La Confrérie Mouride : Une Structure Spirituelle et Sociale
Fondée en 1883, la Mouridiyya repose sur trois piliers : l’Islam par la jurisprudence (fiqh), la foi (iman) et la spiritualité (ihsan). Les mourides suivent également le « Triangle Mouride » : l’amour pour Allah et ses Cheikhs, le service envers Allah et l’humanité, et la quête du savoir.
Le système d’initiation (njebbel) lie chaque talibé (disciple) à un marabout, renforçant la solidarité communautaire. Cette structure a permis la construction de Touba, la capitale spirituelle, et la Grande Mosquée, inaugurée en 1963, symbole de la résilience et de l’autonomie mouride.
Impact Social : Éducation, Solidarité et Gouvernance
La Mouridiyya a établi un réseau d’écoles coraniques et de centres d’enseignement, offrant une éducation islamique aux enfants, souvent dans des zones rurales. Les califes mourides, tels que Serigne Saliou Mbacké, ont joué un rôle clé dans la gestion de Touba, assurant logement, nourriture et apprentissage intellectuel aux enfants.
Le Magal de Touba, célébré chaque année, commémore l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba et rassemble des millions de pèlerins, renforçant l’unité et la cohésion sociale autour de valeurs communes.
Impact Économique : Travail, Entrepreneuriat et Réseaux Informels
L’un des enseignements majeurs de Bamba est l’importance du travail manuel. Les mourides croient que l’effort et l’autosuffisance économique sont des formes d’adoration. Cette éthique a conduit à la réussite dans l’agriculture, notamment la culture de l’arachide, et dans le commerce. Les réseaux commerciaux mourides, souvent informels, sont actifs au Sénégal et dans la diaspora, facilitant les transferts de fonds et le développement local.
Les califes mourides, tels que Serigne Saliou Mbacké, ont été des acteurs économiques influents, exploitant des domaines agricoles et contribuant au développement de Touba.
Un Héritage Vivant
Cheikh Ahmadou Bamba a laissé un héritage durable, alliant spiritualité, travail et autonomie. La Mouridiyya continue de jouer un rôle central dans la société sénégalaise, influençant la vie religieuse, sociale et économique du pays. Son enseignement du « jihad social et économique » reste un modèle de résistance pacifique et de développement communautaire.



