Le doyen des juges a lancé ses premières convocations dans l’affaire Arcelor Mittal. Deux anciens ministres, Aly Ngouille Ndiaye et Birima Mangara, seront entendus comme témoins dans un dossier où l’État du Sénégal soupçonne de graves irrégularités financières autour d’un accord transactionnel conclu en 2014.

Les premières auditions
Selon le quotidien Libération, l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Aly Ngouille Ndiaye, est convoqué ce mercredi 20 août 2025 à 10 heures. « Le juge a besoin de son témoignage et va répondre à toutes ses questions », confie un de ses proches.
L’ancien ministre du Budget, Birima Mangara, a lui aussi reçu une convocation en tant que témoin.
Une information judiciaire avait été ouverte par le parquet de Dakar pour des faits présumés « d’association de malfaiteurs, corruption, recel, blanchiment de capitaux, escroquerie et complicité ».
Une plainte de l’État du Sénégal
La procédure fait suite à une plainte avec constitution de partie civile déposée par l’État du Sénégal contre plusieurs entités du groupe Arcelor Mittal, dont Arcelor Mittal Holdings AG, Arcelor Mittal Mining Sénégal SA et Arcelor Mittal Infrastructures Sénégal SA.
Au centre des accusations : un accord transactionnel signé le 30 mai 2014, mettant fin à une procédure arbitrale engagée contre le géant de l’acier.
Des milliards en jeu
Pour rappel, le 3 septembre 2013, la Chambre de Commerce Internationale (CCI) avait reconnu de graves manquements d’Arcelor Mittal et ordonné une procédure pouvant conduire à des réparations.
L’État sénégalais réclamait alors 3 300 milliards FCFA, ou à titre subsidiaire 1 600 milliards FCFA. Mais moins d’un an plus tard, un accord amiable a été conclu, fixant la compensation à seulement 150 millions de dollars (environ 90 milliards FCFA), versés en deux tranches.
Des zones d’ombre persistantes
Ces fonds ont été logés dans deux sous-comptes Carpa à la BNP Paribas, gérés par l’avocat français François Meyer, arrivé tardivement dans le dossier.
Les avocats initiaux de l’État, Mes Ras Seck Bourgi et Sébastien Bonnard, affirment n’avoir jamais été associés ni à la négociation ni à la signature de cet accord.
Pire, la plainte de l’État s’interroge : les 150 millions de dollars ont-ils réellement rejoint les caisses du Trésor sénégalais ?
Un dossier explosif
Le rôle de certains acteurs, dont le ministre délégué au Budget de l’époque, Birima Mangara — qui avait saisi le tribunal arbitral pour confirmer le retrait de la procédure —, intrigue particulièrement les enquêteurs.
Avec ces premières convocations, le juge ouvre un chapitre judiciaire sensible, où se mêlent soupçons de corruption, zones d’ombre diplomatiques et enjeux financiers colossaux.



