À 58 ans, Abass Fall a décroché l’un des postes les plus convoités du pays : maire de Dakar. Ministre du Travail et figure de la coalition au pouvoir, il devient le premier magistrat de la capitale au terme d’un parcours heurté, fait de sacrifices, de coups d’éclat et de fidélités assumées.

Né le 11 novembre 1966 à Colobane, quartier populaire de Dakar, il se définit lui-même comme un politicien « par accident ». Avant d’entrer en politique, il a connu l’usure des petits boulots – docker au port, employé dans une multinationale, enseignant payé à la semaine – avant de fonder l’Institut César, établissement privé d’enseignement supérieur, fermé en 2021 sous la pression fiscale et les secousses de son engagement. « J’ai tout perdu, mais je savais que c’était le prix du combat », confie-t-il.
Son tempérament entier, souvent jugé « caractériel », s’est révélé au grand jour dans l’hémicycle. En septembre 2022, lors de l’installation de la 14ᵉ législature, il marque les esprits par une réplique cinglante à un collègue hostile à Ousmane Sonko : « Sonko mo gueune sa baye » (« Sonko est plus valeureux que ton père »). En octobre 2024, en pleine campagne électorale, il choque encore en appelant ses partisans à « venir avec leurs armes », avant de nuancer son propos. « Je ne suis pas hypocrite. Je réagis spontanément, à la hauteur de ce que je subis », admet-il.
La prison, il l’a connue. Arrêté en 2021, détenu au Cap Manuel, il refuse de coopérer avec les enquêteurs, garde sa dignité intacte et se dresse face aux gardiens. « Faites ce qu’on vous demande, envoyez-moi en prison », lance-t-il au juge Samba Sall. Une épreuve qui a bouleversé sa famille, en particulier sa mère, affaiblie par l’inquiétude, et ses enfants, qui l’ont parfois supplié de renoncer.
Derrière la carapace de l’homme politique, il reste l’enfant de Colobane, passionné de football, ancien gardien de but prometteur, encore marqué par l’élimination précoce du Sénégal à la CAN 1986. Vitalité intacte, regard vif, il aime rappeler qu’« on ne lui donne jamais son âge ».
Abass Fall est une figure clivante : « sanguin » pour ses détracteurs, « véridique » pour ses partisans. Désormais aux commandes de la capitale, il devra transformer cette rudesse en leadership rassembleur. Car après avoir survécu aux épreuves, un nouveau défi l’attend : faire de Dakar une vitrine d’efficacité et d’unité.



