Sorti récemment de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI) et désormais cité comme modèle en matière de lutte contre le blanchiment, le Sénégal reste paradoxalement au cœur des flux de cocaïne en Afrique de l’Ouest. Un rapport du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), présenté mardi à Dakar, tire la sonnette d’alarme sur cette contradiction inquiétante.

Selon le document, le pays illustre la double menace qui plane sur la région : d’une part, la sophistication croissante des réseaux criminels transnationaux, qui utilisent le littoral sénégalais comme porte d’entrée stratégique vers l’Europe ; d’autre part, l’écart persistant entre un arsenal juridique solide et une mise en œuvre encore défaillante.
Le rapport souligne que les narcotrafiquants exploitent les failles institutionnelles, les lenteurs judiciaires et parfois même la complicité d’acteurs locaux pour renforcer leur emprise. Malgré des saisies record enregistrées ces dernières années au Port autonome de Dakar et dans certaines zones frontalières, les capacités de poursuite et de condamnation demeurent limitées.
Le Giaba appelle ainsi les autorités sénégalaises à consolider leurs efforts, en renforçant la coopération régionale, en dotant la justice de moyens accrus et en assurant une application stricte des lois déjà en vigueur. Sans ces réformes, le Sénégal risque de voir son image de modèle fragilisée par la réalité d’une plaque tournante du narcotrafic, avec des conséquences graves pour la sécurité régionale.




