Près de trois ans après la disparition tragique des gendarmes sénégalais Didier Badji et Fulbert Sambou, l’enquête connaît un tournant majeur. Selon le quotidien Libération, confirmé par plusieurs médias, un individu du nom de Jérôme Bandiaky, alias « Sniper », a été inculpé et placé sous mandat de dépôt pour séquestration et assassinat des deux militaires.

Premier suspect formellement mis en cause dans ce dossier sensible, « Sniper » est également poursuivi pour menaces de mort et violences contre un témoin clé, dont les déclarations ont permis de relancer un dossier longtemps considéré comme enlisé. Les familles des victimes, appuyées par des organisations de défense des droits humains, dénonçaient depuis des mois la lenteur de la procédure et réclamaient davantage de transparence.
Dimanche, plusieurs acteurs politiques, militants et organisations de la société civile ont organisé une marche contre « l’oubli », afin de maintenir la pression sur les autorités judiciaires et politiques. À cette occasion, Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a exigé une enquête approfondie et indépendante :
« Une personne a été inculpée, mais elle ne peut pas agir seule. La justice doit poursuivre les investigations pour que les Sénégalais aient confiance en elle. Il faut identifier les commanditaires. »
Du côté de la défense, Me Djiby Diallo, avocat du mis en cause, dit avoir été surpris par la décision du juge du 3ᵉ cabinet. Selon lui, son client « n’a jamais été entendu ni par la police ni par la gendarmerie » dans le cadre de ce dossier avant son inculpation. L’avocat annonce vouloir saisir le juge d’instruction pour obtenir des éclaircissements sur la procédure et contester, le cas échéant, la régularité des poursuites.
L’inculpation de Jérôme Bandiaky, alias « Sniper », est perçue comme une avancée judiciaire, mais elle laisse subsister de nombreuses zones d’ombre. Les organisations de défense des droits humains, les proches des victimes et une partie de l’opinion publique réclament désormais que l’enquête remonte jusqu’aux éventuels commanditaires et établisse toutes les responsabilités, qu’elles soient individuelles, hiérarchiques ou institutionnelles.
Dans un pays marqué par ce double assassinat qui avait profondément choqué l’opinion en 2022, l’issue de cette affaire est devenue un test majeur pour la crédibilité de la justice et la lutte contre l’impunité.




