Près de 48 heures après la décision explosive de la CAF, la Fédération sénégalaise de football est sortie du silence lors d’un point de presse sous haute tension. Entre dénonciation d’une « injustice » et saisine annoncée du TAS, l’instance lance une double offensive, juridique et médiatique, pour tenter de récupérer un titre conquis sur le terrain.

Dans une salle d’hôtel devenue trop étroite pour contenir l’affluence inhabituelle, la Fédération Sénégalaise de Football a tenté, ce jeudi, de reprendre la main sur le terrain de la communication. Près d’une centaine de journalistes, mêlés aux membres du Comex, aux représentants du 12e Gaïndé et à quelques figures comme Ferdinand Coly, ont assisté à un point de presse aussi attendu que scruté, près de 48 heures après le séisme provoqué par la décision du jury d’appel de la Confédération Africaine de Football.
« Le Sénégal restera debout et va défendre cette victoire acquise sur le terrain »
L’objectif était clair : opposer une version structurée et juridique à une décision vécue comme une dépossession. Par la voix de son président Abdoulaye Fall, la FSF a affiché une ligne de défense sans ambiguïté. Le Sénégal ne rendra pas les armes. « Sur le plan du droit, le Sénégal ne peut pas perdre sur tapis, on ne peut retirer le trophée. Je me limite à la résolution du COMEX. Maintenant, le Sénégal restera debout et va défendre cette victoire acquise sur le terrain avec le talent de nos joueurs. On a donné mandat à nos avocats pour suivre la procédure au TAS », a-t-il martelé.
En préambule, Moussa Mbaye a donné le ton en lisant la résolution du Comité exécutif. Un document dense, qui empile les griefs : conditions d’accueil jugées indignes à Rabat, restrictions de billetterie pour les supporters sénégalais, désignation tardive et contestée de l’arbitre, sans oublier les incidents du temps additionnel ayant précédé la victoire (1-0) des Lions. La FSF insiste sur un point central : le match est allé à son terme, validé par les officiels, avec remise du trophée à la clé.
« Le Sénégal est assez loti pour présenter un dossier béton qui nous permettra de gagner »
Mais au-delà de l’argumentaire, c’est une bataille sur deux fronts que semble engager l’instance. Juridique d’abord, avec la constitution d’un pool d’avocats chargés de défendre le dossier devant le TAS. Médiatique ensuite, dans une guerre de l’opinion assumée. Le soutien affiché par le Comité National Olympique et Sportif Sénégalais, par la voix de Seydina Diagne, s’inscrit dans cette dynamique : « Le règlement n’a pas été respecté. Le Sénégal est assez loti pour présenter un dossier béton qui nous permettra de gagner. Il faut aussi une bataille de l’opinion pour donner tous les renseignements qu’il faut. Le CNOSS se met à la disposition de la FSF pour renforcer le pool d’avocats. Inchallah, le TAS nous donnera raison », assure-t-il, évoquant même des échos favorables venus de juristes proches du TAS.
Reste que cet exercice de communication laisse une impression contrastée. Si la FSF a posé les bases de sa riposte, elle s’est aussi réfugiée derrière le secret de la procédure, refusant d’entrer dans les détails juridiques. Une posture compréhensible, mais frustrante pour une assistance venue chercher des réponses concrètes.
Dans ce bras de fer aux allures de crise institutionnelle, le Sénégal joue désormais sa crédibilité sur un terrain bien plus vaste que celui de Rabat : celui du droit international et de l’opinion.
Entre conviction affichée et zones d’ombre persistantes, la contre-offensive est lancée. Reste à savoir si elle suffira à inverser le cours d’une décision qui, pour beaucoup, dépasse déjà le simple cadre du football.
Lamine Mandiang



