Des routes de Bagdad au Mondial : l’Irak, un outsider forgé dans l’épreuve


Ballottée par les tensions géopolitiques, contrainte à un périple hors norme pour se qualifier, la sélection irakienne débarque au Mondial 2026 avec un vécu unique et une ambition décomplexée. Inconnue pour le Sénégal, mais loin d’être inoffensive.

Adversaire inédit du Sénégal au Mondial 2026, la sélection irakienne arrive avec une histoire hors du commun, une qualification arrachée dans des conditions surréalistes et la promesse de faire parler d’elle.

Il faut parfois traverser la moitié du globe pour toucher du doigt l’histoire. C’est presque littéralement ce qu’ont vécu les joueurs irakiens avant d’obtenir leur billet pour le Mondial 2026. La majorité du groupe a quitté Bagdad par la route pour rejoindre Amman, en Jordanie, avant de prendre l’avion vers Lisbonne puis Monterrey, au terme de plusieurs jours de déplacement épuisant. En cause : la fermeture de l’espace aérien de leur pays, liée aux tensions au Moyen-Orient.

Vingt heures de bus entre Bagdad et la Jordanie, puis un blocage de 24 heures en raison de frappes de missiles. Ensuite, près de vingt heures de vol, avec une escale à Lisbonne avant de rallier Monterrey. Trois jours de voyage pour disputer un match. Le tout, sans la moindre plainte.

Leur sélectionneur, l’Australien Graham Arnold (62 ans), les a accueillis à leur arrivée à l’hôtel, en pleine nuit, un par un. Un geste fort, révélateur d’un état d’esprit que rien ne semble pouvoir fissurer. Nommé en avril 2025 après le licenciement de Jesús Casas, Arnold avait déjà conduit l’Australie en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2022. Recruté pour relancer un projet en perdition, il a réussi l’exploit de qualifier l’Irak via les barrages intercontinentaux, en battant la Bolivie (2-1) à Monterrey. Une première face à une nation sud-américaine.

Une nation de football, pas encore une grande nation du football

En Irak, le football est une obsession. « C’est le sport principal », reconnaît Arnold lui-même. Pourtant, sur la scène mondiale, les Lions de la Mésopotamie restent quasi anonymes même s’ils sont vainqueurs de la Coupe d’Asie en 2007. L’Irak dispute la Coupe du monde pour la deuxième fois de son histoire, quarante ans après sa première participation en 1986, au Mexique, soldée par trois défaites face au Mexique, au Paraguay et à la Belgique, sans inscrire le moindre but.

Quatre décennies d’absence au plus haut niveau. La nation qui a vu naître la civilisation mésopotamienne revient en Amérique du Nord avec l’étiquette d’outsider, mais des ambitions bien réelles.

L’effectif irakien affiche une moyenne d’âge de près de 26 ans (25,7) et compte plusieurs expatriés. Un collectif enraciné dans le championnat local, peu exposé, mais structuré, discipliné et difficile à manœuvrer.

Au cœur de ce bloc, un homme incarne la menace, le capitaine Aymen Hussein. Attaquant de fixation, dans la lignée d’un Baghdad Bounedjah, redoutable dos au but et capable d’user n’importe quelle défense. Buteur décisif face à la Bolivie, il sera le principal point d’ancrage offensif. À ses côtés, Ali Al-Hamadi, attaquant de Luton et également buteur en barrages, apporte une rare touche d’expérience extérieure dans un groupe qui vit presque en vase clos.

L’état d’esprit comme arme

Derrière, l’Irak avance avec ses certitudes avec une base défensive solide, un bloc compact et une solidarité de chaque instant. Plus qu’un collectif, une équipe qui sait souffrir et qui ne rompt pas facilement.

Face à un groupe I relevé (Sénégal, France et Norvège), Arnold refuse d’endosser le rôle de victime. « L’Irak n’a rien à perdre. Nous devons aborder la Coupe du monde avec un esprit de conquête. Affronter des joueurs comme Kylian Mbappé ou Erling Haaland est un honneur, mais nous entrerons sur le terrain pour gagner et surprendre le monde ».

Le Sénégal est prévenu. Les deux équipes ne se sont jamais affrontées en compétition officielle, ce qui renforce l’incertitude autour de cette opposition. Les Lions du pays de la Téranga croiseront l’Irak le 26 juin à 19h Gmt au Bmo Field de Toronto (Canada). D’ici là, les hommes de Pape Thiaw auraient tort de sous-estimer un adversaire capable de traverser un chaos logistique pour honorer un match de football.

Lamine Mandiang DIÉDHIOU

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