Pendant plus d’une heure à Dakar, le président de la Confédération Africaine de Football (CAF) Patrice Motsepe a répondu point par point aux journalistes sénégalais. Arbitrage contesté, supporters détenus, décisions disciplinaires, soupçons de corruption… Motsepe a reconnu certaines erreurs tout en affichant une ligne ferme : réformer, assainir et restaurer la crédibilité du football africain.


Prévue à 17h30, la conférence de presse a débuté à 19h00, juste après l’audience de Patrice Motsepe au Palais présidentiel. Dès les premières minutes, le ton était donné : « Je voudrais remercier le Président de la République. J’ai beaucoup apprécié la qualité de nos échanges sur les questions liées au football et au sport en général. »
Le président de la CAF a rappelé l’objectif de sa visite : « La principale raison de ma présence ici est d’exprimer mon engagement envers la Fédération Sénégalaise de Football ainsi que la communauté africaine, dans l’optique de contribuer au développement du sport sur notre continent. Je vais visiter le siège de la FSF avant de prendre un avion pour le Maroc, où je rencontrerai les acteurs du football marocain. Le message que je porterai sera un message d’amour, d’unité et d’engagement. Nous sommes tous appelés à travailler ensemble pour faire progresser le football africain. Notre objectif principal est de bien préparer les prochaines compétitions afin de permettre aux nations africaines d’obtenir de meilleurs résultats. »
Le TAS au centre
Sur les polémiques liées à la finale de la CAN 2025, Motsepe a renvoyé vers le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), seule instance compétente pour trancher : « Quelle que soit la décision rendue, nous la respecterons. Le TAS est l’instance compétente pour trancher ces questions. » Il a insisté sur la nécessité de travailler avec rigueur pour aligner la gestion du football africain sur les standards de la FIFA : « Les 54 pays africains doivent travailler d’arrache-pied pour développer notre football. La gestion du football sur le continent doit être conforme aux règles de la FIFA, qui inspirent nos lois et nos règlements. »
« J’ai remis les médailles, notamment à Koulibaly, et le trophée à Sadio Mané »
A la question du vrai champion d’Afrique, Motsepe s’est fendu d’une réponse lunaire qui pourrait évoluer au fil des jours et de l’audimat. « J’ai remis les médailles, notamment à Koulibaly, et le trophée à Sadio Mané. Nous avons également attribué une prime de 10 millions de dollars. Cependant, nous devons respecter les lois et les règlements. Une décision a été prise par la CAF, à travers sa commission de discipline. »
Sur les décisions disciplinaires, le président de l’instance dirigeante du football africain a défendu le rôle clé de la commission présidée par le Sénégalais Ousmane Kane : « Le président de la commission, Ousmane Kane, a été choisi pour sa rigueur et son impartialité : « On m’avait dit qu’il était quelqu’un de très rigoureux, voire difficile, et j’ai justement estimé que c’était le profil idéal pour présider cette commission. Nos recherches ont confirmé qu’il fait partie des juges les plus influents au Tribunal Arbitral du Sport. Sa mission principale est de dire le droit et d’appliquer les règlements, en toute impartialité. »
Réformes et arbitrage : moderniser pour crédibiliser
Motsepe a rappelé les réformes déjà engagées pour améliorer la gouvernance et l’arbitrage : « Notre ambition est aussi d’accompagner les arbitres dans la prise de décisions, afin qu’ils soient en adéquation avec les exigences du football moderne. Les réformes initiées permettront de dissiper les difficultés existantes. Nous sommes convaincus que ces réformes permettront au football africain de retrouver toute sa compétitivité à l’échelle mondiale. (…)Il y a des domaines dans lesquels nous reconnaissons que nous aurions pu mieux faire, en nous inspirant notamment de ce qui se fait en Europe ou à la FIFA. Il est important pour nous de travailler ensemble afin que toutes les équipes aient le sentiment d’être traitées de manière équitable. Les réformes que nous avons initiées nous permettront d’éviter à l’avenir les incidents qui se sont produits lors de la dernière finale. Nous sommes conscients que les arbitres doivent donner le meilleur d’eux-mêmes. Depuis la finale, cette question revient souvent. J’ai un profond respect pour les émotions que ressentent les deux nations concernées.»
« La corruption est pire que le cancer »
Sur le dossier épineux de la corruption, Motsepe a été sans détour : « Nous allons combattre toutes les formes de corruption au sein de la CAF. Nous encourageons la transparence et mettrons à disposition les moyens nécessaires pour soutenir cette lutte. La corruption est un fléau majeur, pire que le cancer. C’est l’un des plus grands problèmes de notre continent. Nous ne devons pas donner ce mauvais exemple à nos enfants. La combattre, c’est protéger l’avenir de l’Afrique. La tolérance doit être zéro, que ce soit dans le sport, en politique ou dans tous les secteurs d’activité. »
Restaurer la crédibilité du football africain
Entre aveux et promesses de réforme, le message de Motsepe était clair : « Nous sommes déterminés à redonner au football africain toute sa crédibilité, dans le respect des peuples africains qui nous font confiance. Au sein de la CAF, nous veillerons à ce que tous les pays soient traités avec équité, dignité et respect. »
Alors que sa visite au Maroc est attendue ce jeudi, le président de la CAF tente de redorer l’image de son institution, entre fermeté, diplomatie et ambition de réformer un football africain en quête de crédibilité et de stabilité.
Lamine Mandiang Diédhiou



