Le hip-hop sénégalais est en deuil. L’un de ses pionniers, Daddy Bibson, de son vrai nom Cheikh Bounama Coly, est décédé ce lundi 30 mars 2026 aux États-Unis, des suites d’un malaise. Il laisse derrière lui une œuvre dense et un héritage majeur dans l’histoire du rap « galsen ».

Figure fondatrice du mouvement, Daddy Bibson s’impose dès la fin des années 1980 comme une voix singulière, à la fois engagée et percutante. Après ses débuts en 1988, il accède à une reconnaissance plus large en 1996 avec la cassette Wala Wala Bok, réalisée aux côtés du groupe mythique Pee Froiss. Ce projet marque un tournant dans la structuration du rap sénégalais, alors en pleine émergence.
Dans la dynamique, il cofonde le collectif Rap’Adio avec notamment Keyti et Deug Iba. Ensemble, ils incarnent un rap conscient, profondément ancré dans les réalités sociales et politiques du Sénégal, et contribuent à façonner l’identité du hip-hop dakarois.
Au début des années 2000, Daddy Bibson entame une carrière solo prolifique. Des albums comme SDF ou Jassbu (2004) confirment son talent, mêlant finesse d’écriture et maîtrise du flow. Suivront Ay Jundiou (2006), Sant Rek (2008) et Miza jour (2011), autant de projets qui consolident son statut d’artiste respecté, fidèle à ses convictions et à son franc-parler.
Après avoir annoncé la fin de sa carrière en 2012, il signe un retour remarqué en 2014 avec la mixtape Philadelphia History, restant fidèle à une ligne artistique indépendante et engagée. Au fil des décennies, il s’est imposé comme l’un des gardiens des valeurs originelles du rap : authenticité, dénonciation et conscience.
Avec la disparition de Daddy Bibson, c’est toute une génération de pionniers qui s’efface peu à peu. Mais son héritage artistique, lui, continuera d’inspirer durablement les nouvelles voix du hip-hop sénégalais.



