Près de trois ans après la mort de François Mancabou en garde à vue à la police centrale de Dakar, l’enquête judiciaire connaît une accélération. Le juge du 2ᵉ cabinet d’instruction entend ce week-end plusieurs policiers et civils présents lors du drame.

Le dossier du décès de François Mancabou, survenu en juillet 2022 après son interpellation dans le cadre des manifestations liées à l’arrestation d’Ousmane Sonko, revient sur le devant de la scène judiciaire. Selon le quotidien L’Observateur, une dizaine de policiers et de civils seront auditionnés ce vendredi et samedi par le magistrat instructeur du 2ᵉ cabinet près le Tribunal de Grande instance de Dakar.
Rappel des faits
François Mancabou, présenté dans un rapport de police comme membre présumé des « forces spéciales », avait été arrêté en juin 2022. Ce groupe était accusé de préparer des cocktails Molotov, de s’en prendre aux forces de l’ordre et de causer des destructions de biens publics et privés. Quelques jours plus tard, il décédait en garde à vue, dans des circonstances qui ont immédiatement suscité de vives polémiques.
La thèse de la torture contestée
La famille du défunt avait dénoncé des actes de torture, une version catégoriquement rejetée par la police. Une enquête interne de la Dic (Division des investigations criminelles) avait alors conclu que Mancabou s’était blessé lui-même. Une vidéo, versée au dossier d’instruction, le montrerait en train de se projeter violemment la tête contre les grilles métalliques de sa cellule.
Un rapport d’autopsie et une autre vidéo montrant son évacuation rapide vers l’Hôpital Principal appuient cette version. Selon les conclusions provisoires, François Mancabou serait décédé des suites directes de ses blessures crâniennes.
Nouvelle dynamique judiciaire
Pour autant, l’affaire est loin d’être close. Afin de lever toute zone d’ombre, le juge du 2ᵉ cabinet d’instruction a décidé d’ouvrir le dossier en urgence. Les auditions programmées ce week-end concernent d’abord un groupe de policiers en service à la police centrale le jour du drame, puis un second groupe dès demain samedi.
Des civils, présents par hasard dans les locaux pour des affaires privées au moment des faits, ont déjà été entendus par la Dic. Ils seront de nouveau convoqués par le juge pour apporter leur témoignage.
Avec ces nouvelles étapes judiciaires, le dossier François Mancabou pourrait franchir un cap décisif, trois ans après un décès qui reste, aux yeux de nombreux Sénégalais, entouré de zones d’ombre et de suspicion.




