Trois jours après la liesse parisienne, la fête du trophée des Lions s’est transportée à Diamniadio. Une communion vibrante, parfois désordonnée, qui a fini par embraser tout un stade à l’image de l’hommage rendu aux 18 supporters sénégalais emprisonnés au Maroc depuis la finale de la CAN 2025.

Diamniadio voulait sa part de rêve, son écho à la nuit parisienne. Soixante-douze heures après une démonstration populaire à Paris, la Fédération sénégalaise de football avait promis une réplique à domicile. Elle a tenu parole, au prix de quelques fausses notes.
Car à deux heures du coup d’envoi, l’ambiance sonnait encore creux dans les travées du stade Abdoulaye-Wade. Les accès difficiles, la gestion confuse des billets et cette étrange rareté pour un match annoncé à guichets fermés ont longtemps freiné l’élan populaire. À trente minutes du coup d’envoi, seule la tribune jaune affichait une présence timide. Les organisateurs ont même dû faire descendre des supporters installés en hauteur, côté tribune rouge, pour combler les vides en contrebas.
Mais comme souvent avec les Lions, la ferveur a fini par reprendre le dessus.
Une montée en puissance festive
Dès 17h18, Mia Guissé a donné le ton. Trois titres, une énergie communicative et un public progressivement conquis. L’entrée des Lions pour la reconnaissance de la pelouse a servi de transition avant que Pape Diouf ne prenne le relais, suivi de Baba Maal dont le mythique « Wakanda » a fait vibrer les gradins. Viviane a ensuite prolongé cette montée en température dans une ambiance bon enfant, où supporters sénégalais et gambiens ont partagé chants et pas de danse.
Le point culminant est intervenu à 18h00. Les Lions, trophée en main, ont fait leur entrée sous les ovations, accompagnés par le duo Bakhaw – Eljaz et leur tube devenu hymne populaire pendant la CAN. Un tour d’honneur d’une dizaine de minutes, dense et symbolique, marqué par une communion totale entre joueurs et public.
L’image forte restera celle de Krépin Diatta puis Nicolas Jackson, natif de Banjul, présentant le trophée aux supporters gambiens. Un geste simple, mais chargé de sens.
L’hommage réussie aux 18 supporters emprisonnés à Rabat
À la 18e minute, le stade s’est figé dans une minute d’applaudissements en soutien aux 18 supporters sénégalais détenus au Maroc. Très vite, des « Libérez les supporters » ont jailli des tribunes, mêlant émotion et revendication. Dans leur tribune, les sept membres du 12e Gaindé ont troqué leur emblématique « S-E-N-E-G-A-L » peint sur des torses nus pour un message fort : « LIBERTÉ 18 ». Un cri de solidarité en faveur des supporters sénégalais retenus au Maroc depuis le 18 janvier. Le signal est sans équivoque : le Sénégal refuse d’abandonner les siens dans l’oubli.
La mi-temps a prolongé le spectacle, avec un nouveau passage de Mia Guissé et du duo Bakhaw – Eljaz, maintenant un public désormais acquis et dépassant les 45 000 spectateurs.
Entre réussite populaire et couacs persistants
Dakar a fini par répondre présent, offrant aux Lions une fête digne de leur statut. Moins massive que celle de Paris et ses 70 000 supporters, mais tout aussi vibrante dans l’intensité.
Reste cette organisation perfectible, ces milliers de supporters laissés aux portes du stade, qui empêchent le tableau d’être totalement abouti. Comme un rappel que, même dans la victoire, les détails comptent.
Mais au coup de sifflet final de cette longue soirée, une certitude s’impose : les Lions et leur peuple parlent toujours le même langage. Celui de la passion.
Lamine Mandiang Diédhiou



