De l’atelier de bricolage à la reconnaissance nationale, Mouhamadou Guèye, co-fondateur de la startup Ndobine, a été honoré lors de la Journée des Forces armées 2025 pour ses innovations technologiques et industrielles dans les secteurs militaire et paramilitaire.

Un parcours autodidacte et inspirant
Originaire de Rufisque, Mouhamadou Guèye a quitté l’école en classe de terminale. Animé par une curiosité insatiable pour la mécanique et la technologie, il s’est formé en autodidacte via Internet et les livres, se forgeant une expertise rare dans la conception de drones adaptés aux réalités climatiques du Sénégal.
« L’ennui m’a poussé à abandonner l’école. Ce que je voulais apprendre n’était pas dispensé en classe », confie-t-il. Son objectif n’était pas seulement de construire des drones, mais de maîtriser un domaine qu’il juge fondamental pour l’avenir technologique du pays.
Ndobine : des drones sénégalais pour des besoins locaux
Avec quatre autres passionnés, Mouhamadou fonde Ndobine, startup spécialisée dans la fabrication et la réparation de drones. Leur ambition : concevoir des appareils résistants à la chaleur, aux vents et aux intempéries, contrairement aux modèles importés souvent inadaptés.
La gamme Ndobine comprend des drones aquatiques pour la cartographie sous-marine, des drones à voilure fixe parcourant jusqu’à 100 km, ainsi que des services de maintenance et réparation pour répondre aux besoins locaux.

Surveillance côtière et sécurité nationale
Parmi ses innovations majeures, le drone de surveillance côtière est destiné à la Marine nationale. Il permet de lutter contre la pêche illégale, la contrebande et l’émigration clandestine. Capable de rester en vol plusieurs heures et de parcourir de longues distances, il résiste aux conditions climatiques difficiles du littoral sénégalais.
Projets futuristes et applications civiles
Ndobine explore également des drones pour le sauvetage en mer, l’agriculture de précision, l’inspection des infrastructures et la cartographie topographique. Grâce à des capteurs multispectraux, certains drones peuvent détecter des maladies sur les cultures, améliorant la productivité agricole et contribuant à la souveraineté alimentaire.
Défis et ingéniosité
L’accès limité aux matériaux et composants électroniques constitue un défi majeur. « Nous fabriquons nos drones avec les moyens du bord, en utilisant du polystyrène, du bois et des pièces récupérées sur des appareils obsolètes », explique l’ingénieur. La réglementation aérienne stricte impose également des limites sur la hauteur et la distance de vol, mais Ndobine respecte scrupuleusement les règles en attendant davantage de liberté pour tester ses drones en conditions réelles.
Impact économique et social
Le projet Ndobine ne se limite pas à l’innovation technologique : il a également un fort impact économique et social. La startup prévoit la production annuelle de 700 à 1000 drones, avec un chiffre d’affaires cumulé de 1,88 milliard FCFA sur dix ans. Elle devrait créer 100 emplois directs et 200 emplois indirects, renforçant ainsi l’écosystème industriel et technologique local.
Une reconnaissance nationale
À l’occasion de la Journée des Forces armées 2025, célébrée le 10 novembre, le Sénégal a honoré trois ingénieurs pour leur contribution à l’innovation technologique et industrielle dans les domaines militaire et paramilitaire, dont le jeune rufisquois Mouhamadou Guèye. Il a reçu le Prix spécial du Président de la République, saluant ses efforts pour la souveraineté technologique nationale et son rôle dans le développement de drones de surveillance côtière.

Pour Mouhamadou Guèye, ce prix consacre un parcours atypique et inspirant : « Notre ambition est de montrer que l’on peut inventer, concevoir et produire au Sénégal pour répondre à nos propres défis », affirme-t-il.




