À Dakar, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a livré, jeudi, un discours à forte portée politique et géostratégique, appelant à l’émergence d’un « patriotisme de responsabilité » fondé sur la transparence, l’exemplarité des élites et une souveraineté construite sur une base sociale solide.

Invité d’une conférence animée par le géopolitologue Pascal Boniface, le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de refonder le rapport entre gouvernants et citoyens. Selon lui, le patriotisme ne peut se limiter à une posture symbolique, mais doit s’incarner dans une exigence de résultats et de redevabilité. « La transparence, la responsabilité, l’exemplarité des élites doivent être au cœur de notre projet de souveraineté », a-t-il affirmé devant un public nombreux.
Une souveraineté pensée comme un processus
Dans une analyse structurée de la situation africaine, Ousmane Sonko a rappelé que la souveraineté ne relève ni de l’incantation ni de la proclamation politique. Elle constitue, selon lui, un processus long qui « se construit, se finance, s’organise et se défend ». Le véritable enjeu, a-t-il soutenu, réside dans la transformation des structures économiques et sociales plutôt que dans la seule accumulation de projets visibles à court terme.
Production locale et souveraineté cognitive
Le Premier ministre a mis l’accent sur plusieurs leviers stratégiques, notamment la production locale, la transformation des ressources naturelles et la maîtrise des chaînes de valeur. Il a également alerté sur les risques de dépendance intellectuelle dans la formulation des politiques publiques, appelant à une véritable « bataille des idées » pour consolider une souveraineté cognitive africaine.
Dette, coopération et recomposition mondiale
Abordant les enjeux internationaux, Ousmane Sonko a plaidé pour un consensus global sur la question de la dette africaine, évoquant la possibilité d’un moratoire afin de favoriser l’investissement productif. Il a toutefois averti : « Changer de parrain ne garantit pas la souveraineté si la logique de dépendance reste la même ».
Dans un contexte de recomposition géopolitique, il a défendu un réalisme stratégique fondé sur la coopération Sud-Sud et la réduction des asymétries internationales. Il a cité des instruments comme la ZLECAF et plaidé pour le renforcement de la CEDEAO à travers le dialogue.
Jeunesse et puissance démographique
La jeunesse a occupé une place centrale dans son intervention, présentée non comme un défi mais comme une ressource stratégique. Ousmane Sonko a défendu une approche offensive de la démographie, conditionnée par la formation et l’emploi, estimant que la jeunesse constitue une force de puissance pour le continent.
Un débat sur le nouvel ordre mondial
Intervenant en clôture, Pascal Boniface a évoqué une mutation du système international marquée par l’affirmation du Sud global, désormais en quête d’une souveraineté pleine et d’un traitement égalitaire dans les relations internationales.
La rencontre s’inscrivait dans le cadre de la présentation de l’ouvrage Les Maîtres du monde : Fédérer, gouverner, soumettre, qui analyse les rapports de puissance dans un monde en recomposition et met en lumière plusieurs figures politiques contemporaines, dont Ousmane Sonko.



