Qui arrêtera le Phénomène-Sonko ? Par Malick Ba


Il y a des hommes politiques qui passent. Et puis il y a Ousmane Sonko, qui déboule. Il ne marche pas dans la vie publique sénégalaise, il la traverse comme une rafale de vent chaud, soulevant poussières, certitudes et carrières sur son passage. Trublion pour les uns, tribun pour les autres, Sonko est devenu ce personnage à charisme presque indécent, flirtant avec l’exceptionnel, au point de déranger jusqu’aux lois habituelles de la gravité politique.

Sonko parle, et les foules se taisent. Sonko se tait, et le pays bruisse. Il tweete, et des états-majors s’affolent. Il tousse, et des éditorialistes écrivent des nécrologies prématurées… aussitôt démenties par la rue. Le phénomène est là : brut, clivant, incandescent. Il ne cherche pas le consensus, il le piétine. Il ne polit pas ses mots, il les jette comme des pavés dans la vitrine déjà fissurée du système.

Journalistiquement parlant, Sonko est un casse-tête. Impossible de l’ignorer, dangereux de le caricaturer à moitié, suicidaire de le sous-estimer. Car l’homme a ce talent rare : transformer chaque attaque en carburant, chaque procès en meeting, chaque tentative de neutralisation en baptême populaire. Là où d’autres s’éteignent sous la pression, lui s’embrase. Plus on le combat, plus il grandit. Une anomalie démocratique ? Peut-être. Un bug du logiciel politique traditionnel ? Assurément.

Faiseur et défaiseur de rois, dit-on. Et ce n’est pas qu’une formule. Sonko a appris à la classe politique une leçon cruelle : le pouvoir ne se transmet plus seulement par héritage, alliances feutrées ou bénédictions d’arrière-salles. Il se conquiert désormais dans la rue, sur les réseaux, dans l’imaginaire collectif d’une jeunesse qui ne croit plus aux promesses recyclées. Sonko n’a pas seulement défié des hommes, il a défié un système de reproduction du pouvoir. Et le système n’aime pas qu’on lui rappelle sa date de péremption.
Ses adversaires le décrivent comme un danger, un populiste, un incendiaire. Ses partisans y voient un justicier, un miroir brutal tendu à un État trop longtemps maquillé. La vérité, comme souvent, est plus inconfortable : Sonko est un révélateur. Il révèle les failles, les colères, les hypocrisies. Il force chacun à se positionner. Avec lui ou contre lui. Le tiède n’a pas droit de cité.

Alors, qui arrêtera le Phénomène-Sonko ? Les tribunaux ? Ils ont essayé. Les campagnes de diabolisation ? Usées jusqu’à la corde. L’usure du temps ? Peut-être… mais encore faudrait-il qu’il se fatigue. Et c’est là le problème : Sonko semble se nourrir du chaos qu’il provoque, comme un boxeur qui avance précisément parce qu’il encaisse.

En réalité, la question n’est peut-être pas de savoir qui arrêtera Sonko, mais ce que le pays fera de lui. Car les phénomènes politiques ne surgissent jamais par hasard. Ils sont le symptôme d’un malaise profond. Arrêter Sonko sans soigner ce malaise, ce serait casser le thermomètre en espérant faire baisser la fièvre.

Et l’histoire est cruelle avec ceux qui confondent les deux.

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