On a voulu effacer une finale de Coupe d’Afrique des Nations comme on efface un tableau noir. Deux mois après la remise du trophée, la Confédération africaine de Football a décidé que le Sénégal n’avait pas gagné. Le Tribunal arbitral du Sport va trancher. Et il ne pourra pas confirmer cette décision. Parce que tout, dans cette affaire, heurte le bon sens.
Un abandon de trois minutes ?
L’argument de la CAF tient en une phrase : l’équipe sénégalaise a quitté le terrain sans autorisation, donc elle a abandonné.Regardons ce qui s’est vraiment passé.À la 90e minute, l’arbitre annonce huit minutes de temps additionnel.
Les Marocains réclament un penalty. L’arbitre consulte la VAR. Pendant près de dix minutes, le jeu est arrêté. Ce n’est pas le Sénégal qui a interrompu le match, c’est l’arbitre. Ce n’est qu’après le penalty accordé que des joueurs sénégalais, excédés, regagnent les vestiaires. Mais ils reviennent immédiatement, sans que l’arbitre ait à les forcer.
En trois minutes, toute l’équipe est de nouveau sur la pelouse. L’arbitre distribue des cartons jaunes, relance le jeu, le penalty est tiré (et raté), le match se poursuit. Le Sénégal marque en prolongation. L’arbitre siffle la fin, valide la victoire.
Alors, un abandon ? Un abandon, c’est quitter le terrain sans revenir, refuser de jouer. Trois minutes, un retour volontaire, un arbitre qui relance le jeu, un match qui va à son terme : ce n’est pas un abandon. C’est un incident que l’arbitre a géré sur le moment, comme il le fait pour une faute ou une contestation. Il a sorti des cartons jaunes, il a attendu, il a redonné le coup d’envoi.
Pour lui, ce n’était pas un abandon. Et c’est là que le bât blesse. Une commission ne peut pas, deux mois après, dire le contraire de ce que l’arbitre a décidé sur le terrain. Dans le football, l’arbitre est le seul maître à bord. C’est une règle fondamentale : sa décision est définitive. Changer le résultat parce qu’on estime qu’il aurait dû agir autrement, ce serait comme si on modifiait un score parce qu’un penalty aurait dû être sifflé. Le foot ne fonctionne pas comme ça.
Une justice qui s’est rendue en visioconférence
Autre chose : pour rendre une décision aussi lourde, le Comité d’Appel de la CAF a convoqué les parties en visioconférence. À huis clos. Sans public, sans médias. Pour une décision qui secoue le football africain, on attendait une audience publique, un débat contradictoire. On a eu une réunion privée, sans transparence. Et la composition du jury pose question : l’un des membres mentionnés a publiquement déclaré qu’il n’avait pas siégé. Quand on rend justice avec des juges qui ne sont pas tous là, cette justice est viciée.Le Maroc, d’ailleurs, n’a protesté ni pendant la courte interruption, ni après la reprise du jeu. Il a accepté de rejouer. On ne peut pas, des semaines plus tard, dire le contraire de ce qu’on a accepté sur le moment.
Le trophée a été remis
Dernier élément, peut-être le plus simple à comprendre : le trophée a été remis au Sénégal. Devant le monde entier, la CAF a célébré le vainqueur. On ne revient pas sur ce qui a été fait et célébré. C’est une question de bon sens.Le Comité d’Appel pouvait confirmer, réduire ou augmenter les sanctions individuelles (amendes, suspensions). Ce qu’il ne pouvait pas faire, c’est annuler le résultat du match. Parce que le résultat d’un match de football, c’est sur le terrain qu’il se décide, pas dans une salle de visioconférence.
Le TAS a entre les mains une décision qui ne repose sur rien. Il ne pourra pas la confirmer. Parce que le football, c’est un terrain, une pelouse, un arbitre et 90 minutes. Pas une visioconférence à huis clos. Et sur le terrain, le 18 janvier 2026, le Sénégal a gagné.
Charles Sanches, Juriste publiciste, Maîtrise en relations internationales et master en science politique



