Campagne arachidière: les producteurs exigent un prix juste face à une production en hausse


La campagne arachidière 2024 s’ouvre sur une contradiction frappante : alors que les rendements annoncent une hausse significative de 15% dans plusieurs bassins de production, les producteurs dénoncent un prix plancher « intenable » de 305 FCfa/kg. Une situation qui crée des tensions immédiates sur les marchés, notamment à Linguère et dans le bassin arachidier.

Une colère qui monte dans les zones productrices

Dès les premiers jours de commercialisation, la grogne s’est installée. À Linguère, Touba et autres marchés clés, des producteurs ont anticipé en vendant leurs stocks à des prix supérieurs au tarif officiel. Moustapha Diop, producteur à Gassane, résume l’exaspération générale : « L’État doit fixer le prix à 500 FCfa pour garantir la survie de la filière ».

Cette revendication s’appuie sur l’explosion des coûts des intrants, du transport et de la main-d’œuvre. Daouda Sakho, président de la coopérative de Doundodji, abonde : « Une augmentation importante est nécessaire pour couvrir nos charges ».

Production record, paradoxe inquiétant

Les services techniques confirment l’excellente performance agricole. Dans le département de Louga, Mouhamadou Makhtar Mbaye du SDER détaille une campagne « maîtrisée » avec des prévisions atteignant 897 kg/ha. Même optimisme à Diourbel, où les producteurs restent néanmoins suspendus à l’arbitrage étatique.

Pourtant, cette abondance crée un effet pervers : dans le bassin arachidier (Kaolack, Kaffrine), les marchés débordent de graines, entraînant une chute des prix à 225 FCfa/kg. Cheikh Tidiane Cissé, président de l’Association des agriculteurs du bassin arachidier, alerte sur ce « paradoxe destructeur » et presse la Cnia d’homologuer un prix viable.

Enjeux structurels et attentes sociales

Au-delà du prix, Ibrahima Ndiaye de l’Ugad pointe des dysfonctionnement plus profonds : « Le système de subventions encourage l’entrée de non-agriculteurs dans le circuit ». Les producteurs se tournent désormais vers les banques pour financer leurs intrants, délaissant un dispositif public jugé inefficace.

Les opérateurs privés, conditionnent quant à eux leur engagement au règlement des factures de 2024. « Les stockeurs attendent encore les paiements pour se repositionner », confirme Djibril Diop, vice-président de la chambre de commerce de Kaolack.

Alors que Sidi Ba, SG régional du Ccr, estime qu’un prix de 350 FCfa serait « raisonnable », la campagne s’annonce comme un test crucial pour l’équilibre entre performance agricole et justice sociale dans le monde rural sénégalais.

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